mercredi 21 décembre 2022

Mercredi 22 décembre 2022

 A l'aube du réveillon de Noel, j'ai le cerveau en PLS.

Cela m'arrive très régulièrement, cet état, et souvent, c'est parce que je ne désamorce pas quand je sens les prémisses arriver. Hier, j'étais dans un bouillon tellement inexplicable et inextricable que les larmes sont montées d'un coup, il fallait que ça sorte. Il fallait que je me libère de toute cette charge.

Et il fallait que je pose des mots sur cet état.

J'ai mis 2 jours à répondre à Andréa si ça allait ou pas. A n'importe qui, j'aurai dit "ça va" mais je ne peux mentir à ma meilleure amie. Si j'avais dit que ça allait, elle ne l'aurait probablement pas cru. Mais j'en avais aussi marre de dire que cela ne va pas. Car ce n'est pas totalement ça, parce que je vis, déjà, parce que je vis des moments de partage, des moments de plénitude seule, je fais des choses qui me plaisent, même si j'en fais qui me plaisent moins. Mais globalement, j'ai une situation confortable. 

Mais c'est dans ma tête que tout part en vrille. Je tire mes bagages lourdement. Globalement, j'arrive à les porter et avancer avec eux, mais parfois ils sont trop lourds et je m'écroule sous leur poids.

C'est par exemple mon ressenti du moment.

Dans 2 jours, nous recevons la famille de G. à la maison pour Noel. Cela fait deux ans que le premier Noel de notre maison devait avoir lieu, mais je vais éviter de dire le pourquoi cela ne s'est pas passé, même sur Mars, on connait la raison. 

Et c'est pour moi, comme à chaque fois, une épreuve.

Les réunions de famille, je ne connais pas. Ma famille ne se résume qu'à mes deux parents. Puis à ma mère, puis, à plus personne aujourd'hui (si je parle bien entendu de ma famille par le sang, et de celle que j'ai côtoyée toute ma vie). Je ne me sens absolument pas à l'aise dans ces moments, je ne sais pas quoi dire, comment me comporter, j'attends juste un moment propice ou je peux me positionner pour ne pas paraître impolie ou excentrée. Je suis une pièce rapportée dans tout ce processus, et même si cela se passe bien, je ne me sens pas à ma place.

C'est facile pour ceux qui ont leur alliés, ils savent comment ils fonctionnent, ils connaissent leur bons côtés et leur limites, ils savent où ils vont et comment gérer si cela n'est pas le cas. Moi, en position de recrue, je ne peux pas anticiper, où prévenir en cas de souci. Cela m'est déjà arrivée de subir des interrogatoires, ou des commentaires mal placés, souvent au moment où Monsieur quittait la table ou discutait ailleurs. Ce n'est pas normal de se retrouver dans cette position dans un moment qui se veut agréable. Je comprends totalement ceux qui préfèrent s'épargner ces moments de douleur forcée, au point où ils se moquent de ce qu'on va penser d'eux.

J'aurai voulu le faire. Je l'ai envisagé. Je l'ai même verbalisé. Mais cela ne plairait pas. Cela ne sera pas compris. En l'écrivant, je me suis demandée "mais on s'en fout non ? Ta psy te l'a dit, si on ne comprend pas pourquoi tu te mets en retrait, ce n'est pas à toi de te sentir mal ou t'en vouloir. Les personnes qui t'aiment et t'apprécient comprendront totalement que tu t'isoles et que ce n'est pas contre eux". 

Car ce n'est effectivement pas contre eux. C'est ma manière d'être, mon ressenti personnel, ma façon d'accepter les choses et de cohabiter avec le monde extérieur. Je déteste être en position d'insécurité, je ne prends que très peu de risques et ils sont mesurés, et dans ces moments là, c'est la porte ouverte à toutes mes angoisses.

J'ai si longtemps bâti mon antre, ma bulle, je l'ai défendue tous les jours qui sont passés, et je l'assume aujourd'hui comme ce qui m'aide à survivre. Je ne veux pas qu'on me brise ma citadelle, ma protection contre le monde, qui le fera si ce n'est pas moi ? Vous venez, vous me mettez en difficulté, vous partez, et je dois faire avec mes morceaux brisés ? On ne m'attaque pas personnellement, c'est déjà arrivé, mais ce n'est pas/plus le cas à présent, mais si aujourd'hui j'ai encore des questionnements, alors c'est que je ne suis pas encore sûre que ma protection soit assez forte ou encaisser et avancer, ou que je ne suis pas encore assez sûre que vous soyez assez de confiance pour ne pas la fissurer.

C'est difficile de vivre avec cet état d'esprit, ce ressenti. Car si demain tu venais à le verbaliser aux autres, qui te connaissent moins, qui sont là à ce moment là, ils vont forcément le prendre pour eux. Se dire que leur présence te dérange, que tu ne les apprécient pas, que tu fais semblant. J'ai envie de dire à ces gens que j'en suis à négocier avec mon envie de fonder une famille justement parce que j'ai peur que ça brise ma bulle, qu'un nouvel être, même si c'est ton enfant, n'aura pas la même personnalité que toi et peut te mettre en position d'inconfort, et que lui, il n'a rien demandé, il aura aussi besoin de se façonner son endroit, et ça sera peut être quelque chose de totalement différent du tien, et il faudra faire avec. Et à aujourd'hui, je ne sais pas encore si j'accepterais de le vivre, de le subir, de le faire subir. Alors vos "ah tu nous aiment pas!", très peu pour moi.

Je pense assez penser aux autres, à mes amis, mon amoureux, mon équipe, mon travail, pour ne pas avoir à dire que je suis égoïste. L'égoïsme, c'est ne penser qu'à sa petite personne, et ne pas se lamenter sur ce que pense les autres, c'est s'enrichir en appauvrissant. Je ne suis pas ce genre de personne, et je le sais, je suis en confiance sur ce sujet. J'ai juste compris ce dont j'avais besoin, ce n'est pas donné à tout le monde, alors je le ressens encore plus fort.

Dans deux jours on fête Noel, et mes parents ne seront pas à notre table, et je me sens seule. J'ai le droit, non ?

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