mercredi 4 avril 2018

Piquer.

Il y a quelques semaines, j'étais à deux doigts d'exploser. En majeure partie, cela avait un rapport avec mon métier et l'idée de ce que je m'en faisais à ce moment précis.

J'avais décidé de ne pas parler de mon métier sur ce blog, mais évidemment cela fait partie intégrante de ma vie et il est difficile pour moi de m'en détacher. Je ne l'énoncerais que pour des exemples, je ne tiens pas à faire un copier coller des Tribulations d'une Caissière.

Il y a bien longtemps que je ne m'étais pas sentie aussi mal. Mais un mal indescriptible, latent, qui pique vraiment au cœur. Celui qui brise physiquement, qui remet en question toute une éducation, tout un état d'esprit, tout son parcours scolaire. Ouais, c'est bien ça le terme "piquer au cœur". 


J'ai ce défaut tellement insupportable de tout prendre mal, de tout analyser, un mot, un point sur un message, une réaction sur un visage... Un rien me fait imaginer un nombre incalculable de choses négatives et me fait douter au plus haut point. Ces détails, j'aimerais tellement pouvoir en faire abstraction, oublier à la seconde où j'ai vu une réaction inattendue, entendu un mot ou une phrase que je ne voulais pas entendre... Et pourtant je m'attache à ce genre de choses. Et j'en oublie parfois, souvent même, le plus important.

Tout peut prendre des proportions énormes. Des bons comme des mauvais détails. Et ce n'est pas évident de vivre avec ça, comme ça. Je travaille continuellement avec ce démon, j'y travaille tellement que j'ai quelques victoires en poche, tout comme j'ai essuyé des défaites cuisantes. Le plus dur dans tout ça, c'est que les nerfs sont à vif. J'ai l'impression de vivre continuellement sur un fil au dessus du vide. Certains matins je me lève et sans trop savoir pourquoi, je vais avoir les nerfs à vif, près à lâcher à la seconde où un détail désobligeant viendra se poster sur mon chemin. Je vais passer ma journée, et parfois plusieurs à vivre dans le suspens qu'ils lâchent. Et quand mes nerfs lâchent, je m’énerve, parfois, je crie même, parfois, mais souvent, je pleure. 

Je pleure parce que mes yeux ont emmagasiné ce trop plein de bourgeonnement en moi, que j'accumule les listes imaginaires de choses insurmontables sur le moment, que je note au fond de moi-même les expressions du visage et toutes les phrases pouvant être analysées des autres. Je pleure, non pas de tristesse, mais de rage. Parfois, ce ne sont que des larmes aux yeux, qui vont me brûler les yeux durant une journée, voire plusieurs. Parfois, quelques larmes coulent en silence au moment le moins opportun. Souvent, je lâche en silence, un court et bruyant chagrin, celui qui t'étouffes, pour pouvoir évacuer ce démon, et passer à autre chose. 

Quand cela m'arrive, évidemment, je suis à un stade d'emmagasinement assez élevé, ou je suis alors déjà dans une période difficile et là un rien se rajouter et me fait chavirer. Et c'est ça en fait, qui me met dans une situation particulière. Même si je sais, si je ressens à quel moment je peux craquer, je sais quasiment à tous les coups que je ne peux pas me retenir. Que c'est là, prêt à s'étaler. Alors je travaille, je travaille au plus profond de mon être pour ne pas vriller en public, pour ne pas devenir la risée, pour garder la face, tout simplement. Il y a des périodes où tout passe comme une lettre à la poste, et d'autres où tout va jouer en ma défaveur. 

Un jour peut-être je trouverai une solution viable à tout ça. Mais pour le moment, la seule solution qui me vient à l'esprit est de devenir un cœur de pierre, au sens littéral du terme. N'avoir jamais à éprouver quoi que ce soit pour être sûre de ne jamais craquer, chavirer, douter, exploser. Mais ces choses font partie intégrantes de moi, de nous, être humain, et je ne crois pas avoir envie de tout arrêter juste pour quelques larmes et ce rendez-vous parfois si important avec moi-même.

M. 

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